Motocyclettes Austral
...et aussi les tricars, les bicyclettes, la Nautilette...

Le Moteur Lutetia et son constructeur Marcel Echard


Pour avoir une vision complète de la famille de Marcel Échard, le constructeur des moteurs Lutétia qui ont été utilisés aussi par l'Austral, il convient de commencer par son père Félix, marchand de bicyclettes et constructeur de motocyclettes. 
Une description du moteur Lutétia 250cm³ se trouve en bas de cette page.
 
F. Échard & Cie
45, rue Gravel à Levallois-Perret

Le 7 août 1902, 
Félix Échard fonda à Levallois la société F. Échard & Cie, "Commission en bicyclettes" au capital de 30 000 frs.
 
Portrait de Charles Félix Échard sur bicyclette, 1894Charles Félix Échard, né à Paris le 16 février 1865 et décédé à Clichy le 23 octobre 1936, était le fils de Alfred Félix Échard, teinturier à Puteaux, et de sa femme Anne Charlotte Charain.
Le 6 juillet 1886, Charles Félix se marie avec Anne Charlotte Chatton, née à Paris le 16 décembre 1867, fille du cocher François Charles Chatton et de sa femme Juliette née Pérot. Dans l'acte de mariage, Échard, alors âgé de 21 ans, spécifie "architecte" comme profession. Charles Félix et Anne avaient deux fils:
Marcel Échard, né à Courbevoie le 24 août 1886 et décédé à Neuilly-sur-Seine le 5 février 1974. Marcel deviendra ingénieur, puis constructeur des moteurs Lutétia. Le 31 décembre 1909, il épousa Julia Josephine Marandon à Neuilly-sur-Seine.
Félix Roland Échard, né le 26 juillet 1898 à Levallois-Perret et décédé à Asnières le 14 mars 1948.


Passionné au sport, Charles Félix se distingue à partir des années 1880 dans le domaine de l'aviron et ensuite comme coureur cycliste. Le 20 décembre 1891, il remporte la course Clichy-Conflans, organisée par l'Union Vélocipédique de Clichy.

publicité pour le manège vélocipédique du Bois de Boulogne, directeur F. Échard
 
En 1892, il est le directeur du Grand Manège Vélocipédique du Bois de Bologne, et en août 1892, il crée la maison Échard, vélocipèdes, au 8, rue Émile-Allez, Ternes. En même temps, il est l'agent pour Paris des bicyclettes Referee.

Félix Échard, agent pour les bicyclettes Referee, publicité 1892
 
En 1902, Échard crée la société "Échard et Cie" déjà mentionnée et se tourne aussi vers la construction de motocyclettes munies de moteurs de Dion-Bouton et du moteur L'Universel. 

publicité de 1902 pour la motocyclette Échard
publicité datant de novembre 1902

Porteous Butler, la bicyclette à moteur l'Universel, 1902
1902

Le moteur L'Universel applicable à une bicyclette quiconque fut fourni par la maison de fournitures en gros pour fabricants d'automobiles Porteous Butler. Il s'agit d'un monocylindre à ailettes de 193 cm³ (alésage x course 64 x 60 mm), qui donnait une puissance de 1 CV ½ à 1 800 tours/ min. La hauteur totale est de 370 mm, la largeur du carter est de 50 mm. Ce moteur de 8 kilos environ fut placé à l'intérieur du cadre, au-dessus du pédalier. Le réservoir d'essence et d'huile est fixé sous le tube horizontal du cadre. Sous la selle, on voit la boîte contenant les accus. Le poids de la bicyclette transformée est de 25 kg, sa vitesse est de 10 à 40 km/h.

F. Échard, voiturettes et motocyclettes. Publicité 1903
publicité pour les voiturettes et les motocyclettes F. Échard, datant de 1903

En 1903, la gamme de la société Échard & Cie s'élargit avec une voiturette deux places à moteur de Dion-Bouton 8 CV et une motocyclette à moteur Gautier-Wehrlé. Les dessins ci-dessous montrant la bicyclette à pétrole Gautier-Wehrlé de 1898 peuvent donner une idée du moteur qui est fixé sur le tube oblique du cadre.

 1898, bicyclette à petrole Gautier-Wehrlé
Bicyclette à pétrole de la Société Continentale d'automobiles (G.-W.) 1898     agrandir
portrait de Henri Deckert
En mai 1903 participe à la course Paris-Madrid une motocyclette de marque Échard & Cie, numéro d'inscription 30 (ci-dessous). La force déclarée au pesage est de 3 CV 
½, le poids à vide est de 49,5 kg. Le moteur fut construit par le motoriste H. Deckert & Cie, 20, rue Bacon, bureaux 63, rue Bayen, Paris. 

Fondée le 9 juillet 1897 par Chéri-Henri Deckert (né le 11 août 1867 à Levallois-Perret, et mort là le 30 mars 1957), cette société dédiée d'abord à la transformation, plus tard à la construction de ses propres moteurs devient Société anonyme le 20 mai 1899. Deckert fait faillite le 1er février 1908.
 
motocyclette Échard au départ de la course Paris-Madrid 1903
          La moto Échard 3 CV ½ au départ de la course ParisMadrid 1903  (vers une vue détaillée du moteur Deckert)
 
Sur la photo prise par Jules Beau avant le départ aux Tuileries, Charles Félix Échard pose à droite, l'homme derrière la moto est peut-être le coureur Maillé de Levallois-Perret, le motocycliste qui au dernier moment a substitué Charles Félix comme pilote. Le 26 mai, Maillé a dû abandonner à Grand-Pont, Vienne, affecté par un grave traumatisme crânien suite à une chute.
 
Portrait du cycliste Paul GuignardEn juillet 1903, Paul Guignard (1876–1965), un ancien cycliste stayer, remporte une course de motocyclettes au vélodrome de Buffalo sur une moto "Échard, type Paris-Madrid, moteur Deckert". En septembre de la même année, trois motos Échard & Cie participent au Critérium du Quart de Litre. Les listes du pesage donnent les détails suivants:
17 septembre, première série: motocyclette Echard III, pilote Pilas, moteur 66 x 71 mm, 249 cm³, position du moteur: au centre, transmission par courroie.
17 septembre, deuxième série: motocyclette Echard I, pilote non vérifié, moteur 66 x 68 mm.
20 septembre, sixième série: motocyclette Echard II, pilote Pilas, moteur 66 x 72 mm, 248 cm³, position du moteur: au centre, transmission par courroie. La moto n'est pas partie.
Le 9 octobre 1903, deux motos Échard pilotées par Guignard et Orlandi s'alignent au départ du Quart de Litre à Rouen.

Le 10 décembre 1904 est dissoute la société Échard & Cie, bicyclettes, automobiles, sise au 45, rue de Gravel à Levallois-Perret.
On retrouve Charles Félix Echard à partir de 1905 en tant que représentant pour les pneumatiques "Clincher" (marque commerciale de North British Rubber Co.), avec local au 10, rue de Bécon à Courbevoie. Le 15 septembre 1910, il demande le brevet d'une jante démontable pour cycles et automobiles.



M. Échard, moteurs Lutétia
31, boulevard de Courbevoie,
à Neuilly, Seine (Île de la Jatte).
 
Marcel et Roland Échard, les fils de Félix, s'intéressent, tout comme leur père, aux sports nautiques. Selon un catalogue de 1927, la marque "Lutétia" fut fondée par Marcel en 1912. Le premier produit que nous connaissons est un moteur hors-bord dont le brevet fut demandé le 8 octobre 1913. L'originalité de ce moteur réside dans le fait qu'il s'agit d'un moteur amovible, adaptable à "embarcations de toute nature", conçu spécialement pour canots à rames ou à voile, ce qui était une nouveauté à l'époque. 

moteur hors-bord Lutétia, Marcel Échard 1913
 
La conception du moteur est en revanche considérée comme secondaire, mais Échard a donné préférence à un moteur bicylindre à plat en raison des vibrations moins prononcées. Le vilebrequin est disposé verticalement de manière que la partie descendante de l'arbre entraîne l'hélice. La longueur de cette partie est réglable afin d'élever ou abaisser l'hélice selon la hauteur de l'embarcation. La partie montante du vilebrequin porte un volant d'inertie qui sert aussi au démarrage. Le refroidissement s'effectue par eau de rivière qui est aspirée par une pompe à piston et lumières d'entrée de l'eau. On peut même réaliser la marche arrière en faisant tourner le moteur de 180º sur son pivot, une méthode que l'on emploie encore aujourd'hui sur les petits moteurs hors-bord de 1 à 4 CV environ. Ce moteur – en version deux-temps – sera fabriqué longtemps, le concept de base restant inchangé.
 
bateau avec propulseur amovible Echard, constructeur Desvignes, Le Perreux. Dans l'embarcation probablement MM Desvignes et Echard
Présentation d'une embarcation Georges Desvignes à propulseur amovible Échard.
L'homme assis à l'avant est très probablement Marcel Échard.

En 1917, en pleine guerre, on trouve Roland, qui n'avait alors que 19 ans et qui était électricien de métier, en tant que directeur de l'usine des moteurs Lutétia (document d'immatriculation de R. Échard), car Marcel était mobilisé.
En 1922, la gamme de produits de la marque "Lutétia" comprend des moteurs fixes à essence pour moto-pompes, groupes électrogènes, exploitations agricoles, moteurs de bateaux ainsi que des propulseurs amovibles et moteurs pour canots.
 
Au plus tard en 1921, Marcel Échard commence à s'intéresser aussi aux moteurs pour motocyclettes. Cette année-là, il fait breveter un moteur auxiliaire pour bicyclettes, lequel fut aussi employé par l'Austral.

Vers le chapitre consacré à ce moteur.
 
groupe moteur amovible pour bicyclettes Lutétia 1921. Breveté par Marcel Échard
 
En 1923, la gamme s'élargit avec un petit moteur de 100 cm³ pour vélomoteurs, lequel sera aussitôt engagé en compétition. Le pilote Franchet se classe 3e lors de l'épreuve "Les six jours des Petites Motocyclettes" (11 – 16 mars 1923) sur un vélomoteur Louis Clément à moteur Lutétia (ci-dessous).
 
Franchet avec une motocyclette Louis Clement à moteur Lutétia
(en savoir plus sur Louis Clement: voir le blog de Jean Bourdache)

moteur de la moto Austral type B25, 1925
Le moteur Lutétia 125 cm³ (56 x 50 mm) à simple échappement (Johest) et volant d'inertie extérieur de l'Austral B-25 au Salon 1924. Allumage par magnéto placée à côté du carter droit.

moteur Lutétia 250 ccm, 1928Le 6 novembre 1924 est formée la Société anonyme d'Exploitation des Établissements M. Échard Moteurs Lutétia, 19, rue de Saint-Germain à Courbevoie, au capital de 300.000 frs. Le premier produit de la nouvelle société est un moteur deux-temps de 125 cm³ (56 x 50 mm) en 1925 (ci-dessus). Une moto D'Yrsan munie de ce moteur Lutetia 125 cm³ détient à l'époque le record de consommation, ayant parcouru plus de 130 km avec un litre d'essence. À l'origine, ce moteur devrait aussi équiper la motocyclette Austral B-25, qui fut présentée au Salon Automobile 1924 avec le moteur Lutétia, mais celui-ci fut remplacé sur le modèle de série par un LMP 175 cm³. 
En 1928 apparaît enfin un moteur deux-temps de 250 cm³ qui fut aussi employé par Austral sur le modèle PC (ci-dessus, à gauche). C'est probablement le dernier moteur pour motocyclettes produit par Échard qui, en janvier 1929, réduit le capital de la société de 300 000 frs. à 90 000 frs. et se tourne définitivement vers la production de moteurs pour bateaux et plus tard, pour avions.
propulseur Lutétia pliant
Cette même année sont engagés trois bateaux "Lutétia" dans une régate dans le bassin de Suresnes. Leurs coques et leurs moteurs ont été fabriqués par les établissements Échard, et on trouve les frères Marcel et Roland en tant que barreur (Marcel, Lutetia I) et pilote (Roland, Lutétia II).
 
En 1934 est au catalogue un étonnant moteur hors-bord pliant de 4 CV pour bateaux de sport ou de pêche (ci-contre). Sur les publicités figure alors comme adresse 31, Bvd de Courbevoie, Neuilly, Seine, l'ancienne adresse de l'usine.
Après la Seconde Guerre mondiale, Marcel Échard construit, conjointement avec son frère Roland, une très vaste gamme de moteurs Lutétia pour bateaux, canots et avions jusqu'aux années 1950.
 
moteur Lutétia en étoile pour avion, constructeur Marcel Échard, 1946
Le moteur d'avion Lutétia, construit par Marcel Échard en 1946, comporte une étoile de six cylindres à deux temps,
deux litres de cylindrée,
puissance 70 CV, poids 62 kg.

Étant donné que l'on a mêlé avec la marque "Lutétia" de Marcel Échard aussi la maison Nouvelet & Lacombe, 6 bis, rue Denis-Papin, Asnières, ainsi que la société PAL (J. Potier, Azé, Lecorsier & Cie, constructeurs, après 1910 seulement Potier et Lecorsier, Azé ayant cédé ses droits), 196-198, Bvd. Voltaire (Paris Xe), il nous faut brièvement examiner les liens entre Échard et ces deux entreprises.
 

Louis Edmond Nouvelet
(19 juillet 1864 – 21 décembre 1921) et Paul Émile André Lacombe (30 novembre 1878 – 24 avril 1962) étaient des ingénieurs-constructeurs qui ont formé leur société en nom collectif le 1er décembre 1902 à Asnières pour commercialiser les moteurs Gardner. Ensuite, ils ont principalement construit des moteurs agricoles pour huile lourde. En 1923, Nouvelet & Lacombétaient le concessionnaire exclusif du moteur auxiliaire Lutétia de 98 cm³. Ils proposent aussi des bicyclettes pour hommes (modèle A) et pour dames (modèle B) munies de ce moteur et d'une fourche à suspension.

La société est dissoute en 1924 suite au décès de Louis Nouvelet. Par la suite, Lacombe continue seul. Il se peut que Lacombe ait fabriqué le petit groupe moteur amovible Lutétia sous licence, tout comme l'a fait apparemment aussi Austral, mais seulement en tant que titulaire de licence et concessionnaire. Au lieu de céder "la branche 'deux-roues'" à Nouvelet & Lacombe, comme on a supposé à tort, Marcel Échard continue avec la production de moteurs pour motocyclettes jusqu'en 1928. Par conséquent, l'utilisation des moteurs Lutétia par la société PAL avant 1928 ne peut pas être interprétée dans le sens que Lacombe aurait cédé ses moteurs et la marque Lutétia à la société PAL.
 
publicité de 1924 pour les moteurs auxiliaires pour bicyclettes, marque Lutétia, commercialisés par Nouvelet et Lacombe
Publicité pour les moteurs Lutétia pour bicyclettes, commercialisés par Nouvelet et Lacombe.
 
Également à séparer de la marque Lutétia de Marcel Échard est la Société des Cycles Lutétia, 30, rue Moret (Paris XIe), fondée en 1893 par le serrurier Gaspard Antoine Godmard (*Lyon 29 mai 1857, + Paris 10 octobre 1948) et reprise par son fils André Victor Godmard. Hormis la dénomination homonyme, il n'y a aucun lien entre Godmard et Échard.
 
 

moteur Lutétia 250 ccm, 1928, les deux côtés


moteur Lutétia 250 ccm, 1928, avec carburateur Longuemare   
Carburateur Longuemare
 
Ce propulseur, qui a équipé la moto Austral type PC de 1928, est un moteur deux-temps classique à lumières et pré-compression dans un carter étroit en aluminium qui s'ouvre dans le plan de joint vertical (ci-dessous). Un grand volant extérieur assure une marche régulière.
 
moteur Lutétia 250 ccm, 1928, carter
 
Le moteur est disposé en supercarré : alésage x course 71 x 61 mm, soit 241,51 cm³. Le cylindre à double échappement est en fonte et coulé en une seule pièce avec la culasse. Au-dessus de l'échappement est vissée perpendiculairement dans le cylindre une soupape de décompression commandée par câble Bowden et manette au guidon. L'allumage est confié soit à un volant magnétique soit à une magnéto haute tension placée derrière le cylindre et entrainé par chaine. Le carter de la chaîne, lequel est placé entre le carter moteur et le volant d'inertie, est marqué Lutétia M. Échard Neuilly s/S. Toutes les motos Austral type PC conservées sont équipées d'une magnéto. La mise en marche se fait par kick-starter.
La puissance fiscale était de 3 CV.
 
moteur Lutétia 250 ccm, 1928 avec gravure Échard


Motocyclette Austral, type PC, 1928,  à moteur Lutétia 250ccm
Chez Austral, le moteur Lutétia 250ccm a mû les motos du type PC.

 


Chapitre créé le 22 mai 2019
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