Motocyclettes Austral
...et aussi les tricars, les bicyclettes, la Nautilette...

Histoire et Personnages




Edouard Cheilus sur un des premiers tricars de sa marque en 1905

Édouard Cheilus, le fondateur de l'Austral, sur un tricar de sa marque en 1905. (Pour en savoir plus voir le chapitre "Les pilotes".)


Les prémices: Albert Jean, Édouard Cheilus & Cie

L'histoire de la marque Austral, qui ne s'étend que sur un quart de siècle environ, commence, selon les Archives Commerciales de la France, le 4 août 1904. Ce jour, l'ingénieur civil
Édouard Cheilus, issu d'une famille aisée de marchands et d'industriels, fonda la société Éd. Cheilus & Cie en s'associant au constructeur-mécanicien Albert Jean pour construire des moto-tricycles dans l'atelier de celui-ci. Cheilus apportait les moyens financiers, tandis que Jean disposait de l'atelier et du produit, un moto-tricycle dénommé Tri-balladeur, dont il était l'inventeur. Trois ans auparavant, le 7 août 1901, Jean avait fondé, conjointement avec deux commanditaires, la société en commandite simple Albert Jean & Cie, dont il était le gérant. 
des tricars devant le local d'Albert Jean. 5 place Pigalle, ParisAu même temps, il avait également construit une motocyclette légère. La société Jean et Cie avait son siège au 5, Place Pigalle à Paris IXe, et ses ateliers au 84, rue des Martyrs. La photo ci-contre, un détail d'une carte postale qui a circulé en 1903, montre la devanture du magasin à la Place Pigalle, situé juste à côté du cabaret "Le Rat Mort". (Voir entièrement).
Signalons en passant un fait remarquable, qui n'est peut-être pas fruit du hasard: le local au 5, Place Pigalle était du moins entre 1898 et 1900 le magasin de la société Henri Chanon & Cie, Vélocipèdes, qui produisait plus tard aussi des motocyclettes et des tricars.  
Le 27 novembre 1902, la société Jean & Cie fit faillite et nous n'entendons pas parler d'Albert Jean jusqu'en août 1904.
 
5 place Pigalle, Paris. Le magasin d'Albert Jean, puis de la Société Edouard Cheilus, en 1903 ou avant.
 5 Place Pigalle, des vues diverses
 
(voir une carte postale entière de la Place Pigalle avec le cabaret "Au Rat Mort" et le local "Mototricycles Austral")

Lors du Salon de l'automobile en hiver 1904 sera exposé un nouveau tricar, le "Mototricycle Austral système Albert Jean", dont le "châssis-cadre pour tricycle automobile" avait été breveté le 29 octobre 1904 par la Société Cheilus et Cie. Ensuite, le 24 janvier 1905, Cheilus sollicite par courrier un rendez-vous auprès des Services des Mines de Paris pour faire homologuer, à titre isolé, le premier modèle de la marque, le type A.
 
publicité de la Société Édouard Cheilus, Austral, des années 1904 et 1905

La Société Anonyme de Constructions Mécaniques L'Austral

La Société Éd. Cheilus & Cie est dissoute le 25 février 1905 et au printemps de la même année, la "Société Anonyme de Constructions Mécaniques L'Austral", au capital de 300.000 francs est fondée. L'acte de fondation ayant passé devant maître Victor Moyne, notaire à Paris, le 1er avril 1905, la société est inscrite le 29 avril 1905 dans le registre du commerce sous le numéro 146. Édouard Cheilus devient administrateur directeur, et Albert Jean est nommé directeur technique de cette nouvelle société.
Au juillet, la Societé L'Austral donne ses installations 5, Place Pigalle à bail à la "Société en nom collectif G. Beslé et L. Chevalier, Cycles, Mototricycles, Garage", apparemment comme des sous-traitants ou concessionnaires. De temps en temps, Beslé apparaît au guidon d'un tricar Austral dans les compétitions.
Le seul tri-car français est le Mototricycle AUSTRAL, publicité de 1905

La direction de la Société Austral est constituée des MM. Édouard Cheilus (administrateur-directeur), Albert Jean (directeur technique), et Bory (directeur commercial). Les membres du conseil d’administration sont MM. Paquin, Émile Potron, Émile de Mondésir et Édouard Cheilus.
Le 15 mai, Austral transfère son siège social, magasin et bureaux, au 8, rue du Débarcadère, à Paris XVII. (Dans ces locaux, qui n'existent plus aujourd'hui, il y aura un garage auto plus tard, c'est-à- dire le bâtiment était assez vaste.)
Les affiches des années 1905 - 1906 évoquent en plus une "usine à Albert (Somme)" (ci-dessous), ce qui donne à penser que les composants en acier des tricars ont été produits dans l'usine de la Société Industrielle d'Albert (S.I.A.).
 
 
Albert (Somme) 
Albert (Somme) avant la Grande Guerre

Le 8 septembre 1905, la marque Austral pour "désigner des mototricycles et, en général, tous véhicules automobiles et cycles" est déposée au greffe du tribunal de commerce de la Seine sous les numéros 91680 et 91681. (ci-dessous).
logo de la marque "L'Austral"
Pendant l'année 1905, Édouard Cheilus devient membre du comité directeur de l'entreprise de son beau-père, E.-J. Barbier, "The Explosives and Chemical Products, Ltd."
Le 30 mars 1905, Édouard Cheilus présente un nouveau modèle, le tricar type B, qui se distingue par l'adjonction d'une seconde vitesse et par des tambours de freins d'un diamètre plus important. Son évolution, le type B2, présenté le 8 février 1906, abandonne la transmission de la force du moteur par courroie en faveur d'une chaîne directe - une solution qui s'avérait nécessaire par le poids considérable du véhicule et par la puissance de son moteur (4 Hp environ) qui rendaient une simple courroie inefficace.
Afin d'adapter ses modèles à tous les besoins, la société commercialise ses tricycles avec des carrosseries interchangeables: baquet de luxe pour un passager, panier d'osier en forme de capot et un coffre de livraison. 
Toujours en 1905, la société Austral octroie des licences à d'autres usines pour construire et commercialiser le tricar type B: on connaît des tricars Austral produits par Gustave Bozier, par des établissements Aster et par Fernand Clément.
Pour le millésime 1907, le moteur passe à l'arrière, sous la selle du conducteur et le guidon se voit remplacé par un volant. Ce
Type G Tourisme Grand Luxe est mû par un moteur maison Austral. En même temps subsiste un modèle livraison plus rustique, le Type H.
Même dans les colonies, les tricars Austral sont populaires: à Singapour, l'importateur et le seul concessionnaire était un dénommé H. Schaefer et Cie, fournisseur de toutes sortes de marchandises pour la colonie britannique. En août, ils annoncent un tricar type G avec magnéto Simms-Bosch au prix de 950 dollars selon une publicité dans la presse locale. Pour la petite histoire: un de ces tricars, de couleur rouge, appartenait au photographe Hjalmar Bodom pendant le temps où il travaillait à Singapour pour le studio Wilson & Co.
 
Austral engagera ses tricars aussi en compétition.  Les pilotes Schweitzer, Giraud, Guitard, Barenton et Joyeux remporteront de nombreuses courses, y compris le Tour de France Automobile et le Concours de Véhicules Industriels en 1906 avec des tricars mus par des moteurs de Dion-Bouton (1906).
Leur adversaire le plus acharné était la marque Contal, mais aussi Bruneau, Stimula, Lurquin-Coudert, Griffon et Chanon, pour en mentionner seulement quelques-unes. 

Le 14 novembre 1906, le capital social s'élève à 500.000 frs et des nouvelles actions sont émis.
 

Dans les années 1906 et 1907 Austral lançait une campagne publicitaire qui consistait à offrir un tri-car comme prix pour des épreuves ou jeux-concours renommés.

concours Chambord 4ième prix un tri-car L'AustralDe cette manière, le quatrième prix d'un concours organisé par "Chambord" (un producteur d'eau minérale) était un tri-car Austral! (agrandir la photo ci- contre, ou voir une autre annonce). Et pour la petite histoire: le quatrième prix est revenu à Mme Crèpin-Leblond, habitant Rennes.
 

Gaston Raguenau sur tricar Austral type GEn 1907, le coureur de fond Gaston Ragueneau était vainqueur du "Coupe de l'Entente Cordiale" et fut donc le premier à choisir parmi les nombreux prix de réelle valeur offerts aux concurrents.
Toujours avec enthousiasme, il raconte en 1935: "mon choix s'arrêta sur une voiturette automobile de la marque «Austral», qui coûtait, au catalogue, la somme très respectable à l'époque de 1.950 francs. J'avais gagné là, en quelques minutes, plus qu'en dix ans de compétition."
Il s'agit d'un tricar du type G.

Nous apprenons par les Archives Commerciales que le 10 juillet 1907 la Société "L'Austral" transfère son siège de la rue du Débarcadère à 41, avenue Stainte Foy à Neuilly-sur-Seine et puis, le 24 fevrier 1908, se dissout pour causes inconnues à nous. Cependant, elle ne disparaît pas complètement: une partie de l'entreprise, les "Cycles Austral", qui, semble-t-il, à l'avenir produiront des cycles et des motos, est reprise par Habert, alors qu'une autre, les "Constructions Mecaniques L'Austral" à Neuilly-sur-Seine, ne se manifeste plus pendant les 24 années qui suivent, pour réapparaître de manière inattendue en 1932 (voir plus loin dans le chapitre).

 
Habert & Cie et la première motocyclette Austral


facture Habert et Companie 1908, Austral tri-cars, voiturettes, bicyclettesÀ partir de 1907, la société Habert et Cie. apparaît sur les catalogues Austral comme successeurs, avec bureau et magasin au 29, Avenue de la Grande Armée à Paris (ci-dessus).
Sous la gestion d'Habert la marque Cycles Austral entreprit la fabrication des bicyclettes, des tricars et des voiturettes. Ce dernier terme se réfère probablement aux tricars du type G avec volant. Cette gamme est évoquée par exemple sur l'en-tête d'une facture de Habert & Cie., datant de 1908 (ci-contre). Étant associé à la Société Industrielle d'Albert (S.I.A.), Habert lance aussi la fabrication d'une "motocyclette légère Austral licence Rochet-Bruneau", qui fut produit dans les usines à Albert (Somme). 
Le 23 décembre 1911 a lieu la liquidation judiciaire des établissements Habert et Cie. et une attribution de tout matériel et marchandise à la Société Industrielle d'Albert est effectuée le 1er janvier 1912.
 
Joseph Bernadou Dacier, Ménard et le moteur à deux temps
pub cycles, motos Austral 1912, rue Lamartine

Portrait de Joseph Bernadou Dacier, 1912Joseph Bernadou Dacier
 (ci-contre), qui jusque-là était concessionnaire de bicyclettes Clément ayant son magasin à Paris, 2, rue de Châteaudun, devient maintenant directeur de l'Austral, mais il garde toujours la concession des cycles Clément, au moins pendant l'année 1912 (voir annonce).
Le nom de l'entreprise reste "Cycles Austral" et les bureaux sont installés au 12 rue Lamartine, à Paris. L'annonce de 1912 ci-dessus évoque qu'à cette époque la production des tricars a commencé à céder sa place aux cycles et aux nouvelles motos.

Joseph Bernadou-Dacier était déjà un pilote connu des courses de motos ainsi que d'automobiles de diverses marques. La photo ci-dessous le montre en 1914 avec une moto Austral de course:
 
 
Joseph bernadou Dacier en 1914 avec une Austral de course

Sous sa direction, et probablement après des premiers succès de la susdite "motocyclette Austral licence Rochet-Bruneau", Austral commence à s'orienter vers la production de motocyclettes.
 
En 1911 environ la firme avait commencé à produire des motos à moteur quatre temps. À partir de cette année-là  Dacier apparaît fréquemment avec de nouveaux modèles dans les listes d'engagements des grandes courses, tels qu'une moto 3 HP monocyclindre (65 x 105 mm, soit 350 cm³, Paris-Tours 1912), une moto 2 HP (62 x 82 mm, soit 250 cm³, Paris-Tours 1913), ou bien une grosse moto de 500 cm³ (Gometz-le-Châtel 1913). Au plus tard à partir de 1912 on commence à étudier un moteur deux temps.

En 1913, Austral était entre les derniers constructeurs qui abandonnaient la production de trciars (selon l'essai sur la Confort de 1926).
En janvier 1914, Joseph Bernadou Dacier s'est associé au constructeur L. Ménard, afin de créer la maison "Ménard et Dacier, Cycles et Motos", sise 47, rue des Entrepreneurs, à Paris, avec but de construire les moteurs deux-temps conçus par ce dernier.
Peu avant l'éclatement de la guerre, en avril 1914, Austral présente aux Services des Mines un nouveau modèle muni d'un moteur Ménard à 2 temps (62 x 70 mm, 211 cm³, 3 HP), le
Type B. Le même moteur équipait aussi un modèle à transmission par chaîne.
 
publicité Austral 1914

Une publicité de 1914 (ci-dessus) évoque deux types de motos, dont une 2½ HP (apparemment le type B) et une 3½ HP spécialement établie pour le sidecar. Cette dernière est munie d'un moteur de 500 cm³ (75 x 112 mm) à soupapes latérales marqué Austral, d'une transmission par chaîne sous carter et même d'une suspension arrière! (ci-dessous). Voir le chapitre correspondant.

moto Austral avec moteur estampillé Austral de 500 cmc à soupapes latérales et à transmission par chaîne sous carter
 
On notera aussi que les bureaux d'Austral sont maintenant situés au 84, avenue Émile-Zola à Paris, dans le bâtiment où se trouve l'atelier de L. Ménard.

En avril 1914, on apprend qu'un dénommé Ménard est devenu directeur de l'Austral. Il ne s'agit pas forcément de L. Ménard, mais peut-être de P. Ménard, car ce dernier figure en tant que directeur de l'entreprise sur la liste d'exposants pour le Salon Automobile en octobre 1919.
Bien que l'Austral ait changée plusieurs fois de comité directeur, Édouard Cheilus n'avait jamais perdu de vue "son" entreprise. En février 1914, nous le rencontrons conjointement avec bien d'autres personnages associés à Austral lors des élections du comité de l'Autocycle Club de France. Ont été élus:
Président: Cheilus
Viceprésidents: MM. Buissart et Compain
Comité: MM. Dacier, Ménard, Migault (trésorier), Félix Tatin, Pierre Tatin
La tâche d'Édouard Cheilus est — entre autres — l'organisation des courses comme le Circuit de Paris et la Course de Côte de Gometz-le-Châtel.
Sur beaucoup des listes d'engagements on découvre à maintes reprises une équipe expérimentée sur motos Austral: Dacier, Ménard, Tatin. Les nouveaux moteurs à deux ou quatre temps sont abondamment éprouvés et applaudis par la presse.

publicité, motos Austral à moteur deux temps, 1914
Publicité 1914
 
Dès le début de la Première Guerre mondiale, en septembre 1914, la ville d'Albert a été bombardée et complètement détruite. La fourniture de pieces était évidemment rendue impossible car toutes les usines étaient en ruines comme les bâtiments des Cycles Rochet et de la Société Industrielle d'Albert, sur la photo ci-dessous.
 
Nouveau départ après la Pemière Guerre mondiale. Ménard, Ruffin, Lefèvre
 
guerre 1914-1918 Albert (Somme), usine Rochet dètruiteSelon le texte du catalogue de 1926, la production ne recommencera qu'en 1919 avec la fabrication de cycles et motocycles, probablement à Puteaux. 
P. Ménard, en tant que directeur,  inscrit la marque comme "Austral, tricar, Paris" sur la liste des exposants du Salon Automobile 9—19 octobre 1919.
Après la guerre, Austral s'est appuyée principalement sur la production de bicyclettes qui dépasse largement celle des motos (voir la rubrique
"Les Bicyclettes").
Louis Ruffin, constructeur-mécanicien, cycles Essor à Puteau. publicité et plaque de cadre pour véloAu début des années 20, Austral s'engage aussi de plus en plus dans les courses de vélos. En 1920, une bicyclette spéciale, le type "Suspendue", gagne une médaille d'or dans les "Reliability Trials Cyclistes", et en 1922, une équipe de la marque remporte la deuxième classe (Touristes) du Tour de France.
Le premier siège social après la guerre se trouve au 6, rue du Rocher, à Paris, jusqu'à 1921, l'année où il fut transféré au 68, rue de la République, à Puteaux, un local qui jusque-là hébergeait la manufacture des cycles Essor, dont le constructeur était Louis Ruffin.
cycles Météore, Albert Ruffin. Plaque de cadre

 
Le 10 décembre 1923, lors de l'homologation du vélomoteur type A24, nous apprenons que Louis Ruffin est devenu administrateur délégué d'Austral.
Louis Lucien Marie Ruffin (*1884 ou 85) était l'un des deux fils du bijoutier, puis ingénieur des arts et métiers, Albert Ruffin (1859-1931), le propriétaire de l'entreprise "Fournitures Générales pour la Vélocipédie" sise 77, avenue de la Grande Armée à Paris, dans la première décennie du XXème siècle. Albert Ruffin était aussi propriétaire ou, au moins, concessionnaire de la marque Cycles Météore.

En juillet 1923, un article de presse cite un autre administrateur de la Société des Cycles Austral, M. Lefèvre: on le félicite pour l'organisation d'une manifestation sportive admettant l'emploi des bicyclettes polymultipliées.

Déjà en 1922, Austral quitte le numéro 68, rue de la République, pour transférer son siège au numéro 7 de la même rue.

Puteaux
  
Austral — ou au moins une partie de l'entreprise — s'appelle maintenant Société anonyme "Cycles Austral", au capital de 100.000 frs., avec l'objet de fabriquer des cycles dans ses ateliers à Puteaux.
Dans les publicités on trouve comme dénomination de l'entreprise "Société des Cycles Austral" à la fois que "Cycles et Motos Austral" ou bien "Usines Austral".
Atelier L. Moussard, moteurs
Durant les années 1920, Austral produisait une vaste gamme de motocyclettes de multiples cylindrées, allant du vélomoteur A 24 125 cm³ deux temps à la sportive et luxueuse G.S avec son "gromono" culbuté de 500 cm³. La marque équipera ses parties-cycles de différents moteurs dont principalement les moteurs à boîte de vitesses séparée L.M.P., Zurcher, PEA et Voisin, les bloc-moteurs Staub sur les motos type BM et CM en 1930, et à partir de 1929, sur les camionnettes du type L, des bloc-moteurs construits par L. Moussard (type L1) et Sturmey-Archer (type L 2).

Une publicité de 1927 pour les modèles de moto Confort, Standard et Sport nous donne des références de la marque (ci-dessous). On annonce fièrement: des tricars de vingt ans roulent encore, des motos de quinze ans roulent encore. Cent mille bicyclettes sont en circulation!

encart publicitaire du concessionnaire de la marque Austral, M. Sauzin à Sens (Yonne)

Au milieu des années 20, Austral enrichissait la gamme de ses produits de quelques véhicules pour le sport nautique (voir publicité ci-dessous): l'un de ces engins était la Nautilette, un hydrocycle breveté par le constructeur de bateaux Alfred Cuisinet et construit en série par Austral. Parallèlement, il existait un appareil de nage immergé pour pédaler dans l'eau, également à propulsion par hélice, appelé "Cycleau". Face à la crise économique au commencement des années trente, la firme se consacrait à la construction de petits véhicules économiques, entre eux une voiture à pédales, l'Australette, fabriquée sous licence Mochet.

publicité pour les véhicules de loisir et de livraison
 
Retour d'Édouard Cheilus

À partir de janvier 1928, on retrouve Édouard Cheilus en tant que directeur du conseil délégué de l'Austral, sollicitant l'homologation de plusieurs nouveaux modèles de motos. Il fait breveter l'année suivante une camionnette légère de livraison qui possède une seule roue avant directrice, commandée par un guidon, et deux roues arrières, dont la droite seule est motrice. Ces trimoteurs, déclinés en deux types, L1 et L2, et produits dès 1929 jusqu'à la fermeture de la firme, étaient munis d'un bloc-moteur de 350 mm (deux-temps) ou bien de 500 cm³. Mais sur ce secteur Austral était concurrencé par grand nombre de marques qui produisaient des triporteurs, dont p.e. Juéry, René Gillet, Peugeot, Villard, Bernardet, Harley-Davidson et Gillet-Herstal.

Austral était présent dans les expositions et salons automobiles les plus importants de l'époque.
On reconnaît le stand de l'entreprise à droite sur une photo du Salon du Cycle de 1928 (ci-dessous).

Salon du cycle 1928 
La marque Austral sortait fréquemment vainqueur de grands évènements sportifs comme le Bol d'Or, les Six Jours d'Hiver ou Paris - Les Pyrénées - Paris, pour ne citer que les plus prestigieux. Pendant les années '20 un des pilotes "maison" était Étienne Chéret.
Il en va de même pour les bicyclettes Austral, au guidon desquelles une équipe de l'entreprise participait avec succès au Tour de France dans les années 1920.

La Société Nouvelle de Véhicules Industriels Austral

Futurs motocyclistes, profitez-en! Motos Austral. pub 1929
Le 13 avril 1932, une transaction étonnante est faite: la "Société de Constructions mécaniques L'Austral" vend à la "Société Cycles Austral" , 7, rue de la République, Puteaux, les "Marques de fabrique, 41, av. Ste. Foy, Neuilly-sur-Seine", et le 13 août 1932, la formation d'une nouvelle société est annoncée dans les archives commerciales: la "Société Nouvelle de Véhicules Industriels Austral". Selon "La Machine Moderne" 4/1933, cette entreprise se dédie à l'industrie, au commerce et à la location de voitures automobiles, spécialement de véhicules pour le petit camionnage. Son siège est à Puteaux, 7, rue de la République et le capital est de 450.000 fr. Les administrateurs sont: MM Denys d'Anselme, Marcel Bourgain, Édouard Cheilus, Pierre Guérin, René Maquard, Georges Norsa, et le baron Antoine Seguier.
Ladite nouvelle Société Austral transfère en 1933 son siège de Puteaux à Paris, 73 rue Riquet, aux mêmes locaux qui étaient dans les années '20 le siège de Rochet-Schneider. À ce temps, l'entreprise abandonna la construction de triporteurs pour se dédier exclusivement à "la location de véhicules automobiles" (Archives Commerciales). Cependant, cette activité ne perdurait pas longtemps: Austral ferma ses portes définitivement le 27 mars 1935 à la suite d'une liquidation judiciaire.

Austral après la Seconde Guerre mondiale

Toutefois, le nom de marque Austral et le logo ont survécu après la Seconde Guerre mondiale: la marque de fabrique réapparaît sur une gamme de bicyclettes et cyclomoteurs qui ont été produites par Marcel Coadou à Caen dans les années 1940-1950. Pour en savoir plus consultez le chapitre "Austral après 1935".

Pour conclure, nous voudrions préciser un point:
il n'existe aucune preuve au soutien de l'opinion assez répandue que l'entreprise Austral a été rachtée par le groupe Gentil/Alcyon.
À l'origine de cette opinion obsolète est probablement Erwin Tragatsch, voir The Illustrated Encyclopedia of Motorcycles, 1977, 2nd. ed. 1983, p. 80.
 
 
 
une porte fermée


                                                                                                                                                                 
                                                                                                                                                               



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